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Jean Raine : Intimité et nécessité


Vernissage le samedi 14 avril 14.00 - 20.00
Exposition du 14 avril au 20 mai
Vendredi & samedi de 13h à 19h, les autres jours sur rendez-vous.

Raine a tout livré de lui-même, désintéressé jusqu’à se perdre dans les couloirs de l’histoire de l’art sans jamais en prendre ombrage.
Stéphan Lévy-Kuentz, 1993

L’heure n’est-elle pas venue aujourd’hui d’analyser comment [l’œuvre de Jean Raine] se situe dans COBRA, l’un des mouvements les plus violents et virulents de l’après-guerre, dont Raine fut l’un des membres actifs ?
Bertrand Puvis de Chavannes,1995

… un artiste tourmenté qui s’est imprégné de l’esprit du surréalisme et a donné libre cours à une force imaginative peu commune (…), laissant à son psychisme inventif la toute puissance.
Claude Lorent, 2010

L’artiste qui porta à son ultime limite, l’extrême singularité COBRA.
Jacques Fabry, 2012

L’exposition de la Collection de la Praye présente une sélection d’œuvres emblématiques mais encore peu montrées, parmi lesquelles nous avons privilégié les expressions graphiques (dessins, encres), là où l’intimité et la nécessité de l’écriture se présentent dans leur évidente nudité charnelle.


Les expos à venir


à la Collection de la Praye, à Fareins dans l’Ain.

Patrice Giorda (26 mai-3 juillet) Trace de l’invisible :
le peintre choisit des prétextes profanes, un banc, une chaise, une coupe, un paysage… mais il nous amène ailleurs vers le mystère, vers le sacré.

Hubert Munier (8 septembre-16 octobre) Ceci n’est pas un arbre, cela n’est pas une femme :
Magritte avait raison, c’est d’autre chose qu’il s’agit, les images nous trahissent. Chez Munier, c’est une expérience de contemplation/illumination mystique, arbre et femme transformés à force de détails justes et de temps suspendus.


Sur la mouvance COBRA


« Un tableau n’est pas une construction de couleurs et de lignes, mais un animal, une nuit, un cri, un homme, ou tout cela en même temps » [1]

Peu de mouvements artistiques auront eu une vie si courte et une si longue postérité que COBRA [2]. 1948-1951 : trois années d’effervescence, de débats vifs creusant un sillon durable dans le champ de la création artistique, avant de se dissoudre. Une revue. Des expositions mémorables. Le belge Christian Dotremont et le danois Asger Jorn mèneront la danse. Rapidement celle-ci rassemble des artistes belges (Pierre Alechinsky, Maurice Wyckaert, Raoul Ubac, Pol Bury, Jean Raine [alors écrivain, poète et cinéaste], Joseph Noiret, Georges Collignon…), hollandais (Karel Appel, Guillaume Corneille, Lucebert, Constant, Eugene Brands…), danois (Asger Jorn, Henry Heerup, Carl-Henning Pedersen…), français (Jacques Doucet, Édouard Jaguer, Jean-Michel Atlan, Ernest Mancoba) et par la suite suédois, tchèques, russes ou africains.
Le musée COBRA d’Amstelveen à proximité d’Amsterdam, rend compte de cette diversité.

Créé à Paris, le mouvement est donc d’emblée international par nature, par volonté d’échapper aux cloisonnements et aux terrorismes intellectuels de son temps.

Ce sont des jeunes gens en colère qui refusent aussi bien le réalisme socialiste à la mode (Les Lettres françaises) que le rationalisme occidental érodé par la seconde guerre mondiale. Ils se tiennent à distance des querelles formelles autour de l’abstraction, sont proches, mais par bien des côtés différents des surréalistes. Ils valorisent l’expérimentation et la vitalité d’une poétique libertaire. Pas loin de la pensée de Bachelard (dont Jean Raine a fait un beau portrait) et des écrits de Carl Jung.

Ce qu’ils veulent, c’est la liberté par rapport aux écoles établies, la spontanéité du geste créatif, l’association des genres (musique, poésie, peinture, théâtre…), le travail collectif. « (…) ils vont chercher leur modèles auprès de formes artistiques non encore contaminées par les normes et les conventions de l’occident : les totems et les signes magiques des cultures primitives, la calligraphie orientale, l’art préhistorique et médiéval » [3]. Ils intègrent les créations d’enfants ou celles d’handicapés mentaux. Il faut peindre/écrire/agir dans l’urgence, dans la nécessité et l’intimité de son être, pour exprimer ce qu’il y a de plus profond.

Jean Raine est-il un peintre COBRA ?
La question mérite surement d’être posée. D’abord l’artiste est de ceux qui n’ont pas de revendication d’école, fusse-t-elle celle d’une mouvance anti-école. Ensuite la majorité de son œuvre plastique est postérieure à la dissolution du mouvement comme c’est aussi le cas de celle d’Alechinsky et de bien d’autres. Accompagnant les artistes du groupe, il était alors essentiellement poète et cinéaste. Alors est-ce un peintre post-COBRA ? Peut-être. Mais si l’on considère maintenant, non pas la chronologie, mais sa vie tourmentée et son œuvre qu’il place au cœur de son tourment, sa touche spontanée et vive, sa palette tendre et violente, le renouvellement continu de son inspiration, la force de son expiration, alors c’est plutôt comme un artiste hyper-COBRA qu’il faudrait voir Jean Raine, celui qui porta à son ultime limite, l’extrême singularité COBRA.

Jacques Fabry

Bibliographie
- Cobra, réimpression en fac-similé de la collection complète des dix numéros de la revue, Paris 1980
- Cobra, 1948-1951. Catalogue du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris 1983
- Jean-Clarence Lambert : Cobra, un art libre, Paris 1983
- Willeminj Stokvis : Cobra, la conquête de la spontanéité, Paris 2001
- Anne Adriaens-Pannier et Michel Draguet : Cobra, Bruxelles-Paris 2009

A visiter : le « Cobra museum voor moderne kunst » à Amstelveen (Pays-Bas) et son site officiel.


Notes

[1] Connaissance des arts" n° 666, décembre 2008, p. 117.

[2] Cobra ou CoBrA (pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) ou encore Internationale des Artistes expérimentaux.

[3] Jean Raine. Fiche Wikipedia

On a aimé


A Villefranche

Au 116art, la belle exposition de Jean-Yves Pennec, artiste breton qui depuis plus de 15 ans travaille, comme matériau exclusif de son expression artistique, le cageot. Comme Avril ses pinces à linge et Riba son carton. « Les créations de Pennec sont en forme de labyrinthes cérébraux et nous projettent dans un univers où leur contemplation permet de parcourir des chemins qui vont de la poésie à l’esthétique en passant par une réflexion sur les racines profondes de l’inspiration artistique jusqu’à l’analyse de l’œuvre par des références à l’histoire de l’art immédiate ou plus lointaine. »

A Lyon

Chez Paul Gauzit (Le lutrin, place Gailleton) qui présente à nouveau Marie Breucq, exceptionnelle dessinatrice animalière qui a toujours su troubler nos sens et qui, cette fois, gomme la limite entre le monde végétal et le monde animal. Allez admirer le « cochon » qui vous regarde droit dans les yeux dans l’entrée.

Et rue Burdeau bien sûr où vous trouverez quelques merveilles :
Au 35 : Zwi Milstein chez Anne-Marie et Roland Pallade. Zwi le magnifique, à la fois mémoire et transformation poétique de la mémoire. "Je considère ma peinture comme une peinture expressionniste avec l’influence des peintres comme Bosch, Brueghel, Goya et Soutine". On y est en plein.
Trois magnifiques dessins de Franta chez Françoise Souchaud, pour ceux qui aime l’Afrique et ceux qui aime le bon dessin. Avec trois autres bons artistes. Au 28 : une terrible galerie est née, l’Atelier 28. Elle ouvre avec brio : une très belle exposition de Bertrand Dorny. Né en 1931, ancien enseignant de gravure aux Beaux-Arts de Paris, l’artiste présente de magnifiques bois flottés, des collages subtiles, de belles sculptures de fonte.

A Paris

A la Maison rouge, du magicien Galbert [10, bd de la Bastille Paris 12ème, à côté de la gare de Lyon], très bel ensemble d’artiste travaillant le néon. Après son heure de gloire dans les années 80 (et jusque dans nos parking sous-terrains lyonnais), le néon poursuit son chemin comme support de nombreux artistes. Postérité de Morellet.

Et au Musée d’art contemporain de la Ville de Paris, Palais de Tokyo, il n’y a pas grand monde à l’exposition des 30 grands formats de Christopher Wool, très grand peintre américain (NY) de la lignée des Pollock, l’un des meilleurs de sa génération, à l’opposé de l’art bling-bling qui aujourd’hui fait fureur à TriBeCa. Tâches, traces, profondeurs, transparences, effacements, mystères vous dis-je !.

A Londres

L’exposition David Hockney à la Royal Academy of Arts.
Les 4 murs de la salle d’entrée sont recouverts de 4 toiles immenses et je mets quelques instants à réaliser qu’elles sont la même représentation de 3 arbres pendant les 4 saisons de l’année. L’idée et la réalisation, colorée et précise, non-réaliste, me plaisent et je me réjouis de voir cette exposition de David Hockney que j’avais retenue sur internet depuis Lyon (car les files d’attente sont très longues) par curiosité plus que par envie.

De janvier à juin 2007, il est retourné dans l’Est du Yorkshire, où il est né, pour accompagner les derniers mois de vie de sa mère. Les bois et les collines de la région de Woldgate l’ont particulièrement inspiré. Il les a parcourus avec un 4x4 surmonté d’une plateforme couverte de 19 caméras prenant des vidéos à 360° qu’il retouchait et montait grâce la conception d’un logiciel de dessin. Ceci a été la base de son travail de peinture exécuté ensuite de mémoire. Je n’ai, à vrai dire, rien compris à la méthode, mais elle fait preuve de la remarquable adaptation d’un peintre de 72 ans à la technique numérique. J’ai beaucoup aimé les peintures de route passant dans de multiples collines cultivées car les couleurs vives étaient joyeuses et irréalistes comme des promenades de contes de fées, les coupes de bois en hiver avec des troncs d’arbres équarris devenus violets (de froid ?) et l’immense salle de peintures (cadres de 0,80 sur 1,10 environ) narrant la transformation de la région et surtout de ses bois entre janvier et mi-mai 2007.

Cette fin d’hiver et éclosion du printemps en une soixantaine de tableaux dégageaient une nostalgie enthousiaste de l’enfance dans la nature, merveilleuse quand on la revoit au seuil d’un âge avancé. Tout était associations de couleurs vives, même la boue et les clairs-obscurs, de traits précis : paysage enchanté vu par un monsieur presque vieux qui a gardé des yeux d’enfant.
[CF]


mentions

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